Les conseils des Experts | Parent hypersensible : comment faire face aux émotions des enfants ?

Une Interview, un Podcast – Carol Pirotte, LesSuperSensibles

As-tu remarqué qu’en parentalité positive, on parle toujours des émotions des enfants – savoir comment leur enseigner les émotions, comment accueillir leurs émotions, comment leur apprendre à les gérer… Mais rarement des émotions des parents ? Et pourtant… Bien vivre la colère ou la tristesse de notre enfant, ce n’est facile pour personne et encore moins pour un parent hypersensible ! Dans cette interview, Carol Pirotte, auteure du blog LesSuperSensibles et du livre “Etes-vous hypersensible ?”, nous aide à y voir plus clair.

Clique sur “Play” pour écouter cette interview ou clique sur “télécharger” juste en-dessous pour l’enregistrer :

Carol Pirotte
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Rendez-vous sur son blog Les SuperSensibles et sur sa chaîne Youtube LesSuperSensibles.

Transcription de l’interview

PPQI : Salut les parents plus qu’imparfaits ! Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’interviewer Carol Pirotte, auteure du blog LesSuperSensibles. J’ai découvert ton blog que j’ai vraiment adoré et dans lequel je me suis reconnue parce que tu t’adresses aux personnes qui se sentent différentes, en décalage et qui sont quelquefois rongées par la culpabilité alors qu’elles ont tout pour se sentir bien. Des personnes qui évidemment sont extrêmement sensibles.

Bonjour Carol !

CAROL : Bonjour Emma, merci beaucoup de m’inviter.

PPQI : De rien, ça me fait super plaisir !
Alors pour les parents qui ne te connaissent pas, j’aimerais bien que tu commences par te présenter et nous en dire un peu plus sur ton blog avant qu’on rentre dans le vif du sujet.

CAROL : Avec grande joie ! Alors pour commencer, et bien comme toi et comme tes auditeurs, je suis aussi une maman donc déjà, pour commencer, ça plante le décor ! Donc je sais ce que c’est que d’avoir des enfants et puis je suis une personne qui est concernée par la haute voire très haute sensibilité si tant est qu’on puisse dire qu’il y a des échelles.

En tout cas, je me sens une personne extrêmement sensible.

Dans mon parcours qui a été fait de pleins de voyages intérieurs, extérieurs, de recherches, de quêtes etc, il y a eu bien régulièrement cette envie de comprendre pourquoi est-ce que je me sens un peu étrange, bizarre, différente et du coup, j’ai souvent été dans une perspective de me comprendre moi et de comprendre les autres pour voir si effectivement, il y avait des différences, où est-ce qu’elles se situaient…

Aujourd’hui, dans les choses que je fais, parce que vraiment, j’ai pu faire des tonnes de choses différentes, mais aujourd’hui, dans ce que je fais qui m’émeut profondément, c’est de travailler autour de cette thématique de l’hypersensibilité. Et non seulement de l’hypersensibilité, mais comme tu le disais très justement au tout début, dans tout ce qui est atypisme ou sensation de bizarreries ou de différence et donc, je travaille et j’accompagne des personnes qui ont cette sensation, ce ressenti, parce qu’il n’y a pas forcément de tests qui dit “oui tu es hypersensible” en définitive comme quelque chose de scientifique.

Donc c’est plutôt un ressenti. J’accompagne des personnes qui ont ce ressenti ou du moins ces questionnements et par ailleurs, je le fais par le biais de ma chaîne YouTube LesSuperSensibles et par le biais de livres. Pour l’instant, j’ai eu la chance de co-écrire avec Saverio Tomasella et aussi, je fais de l’accompagnement individuel et j’accompagne aussi des personnes en entreprise, pas exclusivement sur le thème de l’hypersensibilité, mais aussi autour de l’humain et le fait d’accepter de vivre son unicité.

PPQI : Wouah, c’est un beau parcours et puis comme tu dis, ça plante le décor et j’imagine que parmi les personnes que tu suis, tu as des parents aussi. On discutait tout à l’heure et on disait que c’était d’autant plus difficile de gérer sa sensibilité quand on est parent.

Quand on a des enfants, on ne peut plus se cacher

CAROL : Oui, c’est juste le festival international effectivement, comme tu disais, et ça m’a beaucoup touché, quand on a des enfants, on ne peut plus se cacher. C’est-à-dire que peut-être qu’on a mis plein de stratégies en place depuis qu’on est tout petit pour se couper de ses ressentis, pour ressentir un peu moins fort, pour prendre sur soi, pour se mouler dans les attentes, dans le moule que les autres ont designé pour nous.

Et quand on a des enfants, et en particulier quand on a des enfants qui sont aussi hypersensibles, et bien là, c’est festival total parce qu’on ne peut plus cacher et là, ils viennent appuyer sur nos boutons et souvent, ça fait effet décoiffant, décapant et décapsulant et ça a été totalement mon cas, en tout cas moi. Je sais grâce ou à cause – à l époque je pensais que c’était une malédiction mais bon – c’est à cause de la venue au monde de ma fille il y a 11 ans que ça m’est venu en plein dans le visage pour ne pas utiliser une autre expression et que je me suis retrouvée à nu devant moi et ça a été pas simple donc oui, ces enfants sont des sacrés révélateurs parfois de choses qu’on a pu enfouir et qui peuvent rendre notre cohabitation avec eux périlleuse.

On parle rarement en parentalité des émotions des parents

PPQI : C’est ça ! C’est vrai qu’on parle beaucoup en parentalité de la gestion des émotions chez les enfants et c’est quelque chose d’important de leur apprendre qu’il y a des émotions, leur expliquer ce que c’est que les émotions et leur apprendre à mieux à vivre avec. Mais on parle rarement en parentalité des émotions des parents, la gestion des émotions pour les parents. Alors que pourtant, en tant que parent, on n’a pas forcément appris à le faire parce qu’il y a une certaine époque, c’était pas quelque chose qu’on apprenait à l’école ou dans notre famille.

C’est quelque chose d’assez récent quand même et donc c’est vrai je me suis dit mais ça c’est dingue, on trouve peu d’informations là-dessus alors que finalement, on devrait être les premiers à apprendre à le faire avant de l’enseigner à nos enfants. Et évidemment quand on est hypersensible, enfin en tout cas très sensible, la tâche se complique.

Parce que l’émotion que notre enfant ressent, si c’est par exemple de la colère ou de la tristesse, eh bien on se la prend en pleine figure et c’est hyper communicatif et en fait, on se rend compte que l’on arrive difficilement à y faire face. Et quand on se dit que les enfants, ce sont des éponges et qu’on ajoute à ça les neurones miroirs, on peut vite en plus se culpabiliser en se disant qu’ on n’est pas à la hauteur et qu’on va pas réussir à gérer.

Ce que j’aimerais te poser comme question, c’est très simple – la réponse l’est sûrement moins – ça serait de savoir si tu as des pistes à donner aux parents sensibles comme moi, qui ont du mal à gérer leurs émotions avec leurs enfants ?

Comment gérer nos émotions face à nos enfants lorsqu’on est un parent hypersensible ?

CAROL : C’est une question merveilleuse ! Alors il y a juste une petite précision que j’aimerais faire par rapport à moi, mon cadre de compréhension des choses, qui m’appartient totalement et qui reflète aussi ma façon de voir les choses. Moi, j’utilise très peu le terme de “gestion des émotions” parce que dans ma croyance, dans mon univers, c’est comme s’il y avait des choses à faire par rapport à ces émotions. Donc une gestion comme on gère un budget. Le budget, on le met dans la case “plus”, “moins”, on enlève, on rajoute.

PPQI : Alors comment tu vois ça ?

CAROL : Pour moi, ce que je vois, c’est que l’émotion, c’est un truc qui nous arrive et qui est une énergie vitale. Donc je vois mal comment on peut gérer une émotion et je crois que c’est plutôt ça notre souci en tant qu’adulte. On a appris à gérer nos émotions, c’est-à-dire qu’on a décidé ou on nous a fait croire ou fait comprendre de manière très insistante qu’ il y avait certaines émotions – notamment celles qu’on qualifie à tort à mon sens de négatives – la colère, la tristesse, la peur avec tous leurs dérivés – comme quelque chose de malsain, de négatif et qui n’a pas droit d’exister ou d’être.

Et donc c’est là où souvent depuis tout petit, on a appris à mettre en place des stratégies d’évitement de ses émotions, de gestion pour le coup et on les réprime, on se coupe d’elles, on se coupe de soi, on se coupe de son corps, bref on fait comme on peut. On prend des médicaments, on boit de l’alcool, on mange comme des fous, peu importe en fait, tout ce qu’on essaye de faire pour échapper à ses émotions alors que pourtant, c’est une pulsion de vie en fait.

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L’émotion, c’est une énergie qui bouge en soi

C’est une énergie qui bouge en soi, c’est le principe du mot “e-motion” donc c’est le mouvement qui cherche à sortir. Et donc pour moi, il a deux dimensions dans ce que tu disais qui m’intéressent beaucoup. C’est-à-dire que dans le fait de voir son enfant qui est pris par une émotion, c’est-à-dire qu’il est traversé par une émotion – une émotion, c’est vivant et c’est fort par principe, surtout quand elle est vécue librement – et une émotion vécue librement peut être impressionnante. Donc souvent, ce qui va se passer pour le parent hypersensible, ce sont deux choses.

La première, c’est qu’effectivement, si le parent hypersensible est hyperempathique, c’est-à-dire qu’il ressent les émotions des autres et d’autant plus des êtres qui lui sont proches – la chair de sa chair, n’en parlons pas – il va ressentir dans sa chair l’émotion de son enfant mais il y a de surcroît sa propre émotion qui va venir faire effet de résonance.

Donc si c’est la colère, la colère de l’enfant va venir entrer en écho, en résonance avec la colère de l’adulte qui n’a pas été pu être vécu tout au long de sa vie, qui n’a pas pu être acceptée et vécue enfant. Et c’est bien souvent ça qui est extrêmement compliqué et qui se rajoute aussi, avec la peine que ça peut provoquer, de voir son enfant en souffrance. Et toutes les projections qu’on peut faire “oh mon dieu, je veux pas que mon enfant souffre autant que moi j’ai pu souffrir etc.” et donc ça fait une espèce de masse d’informations, c’est-à-dire que c’est une colère double effet Kiss Cool.

Parent hypersensible : la colère de nos enfants, c’est le double effet Kiss Cool

C’est la colère de mon enfant que je ressens et qui vient faire écho terrible à ma colère que j’ai toujours interdit ou que je n’ai jamais su comment gérer. Pour essayer de répondre à ta question de quel pourrait être une piste par rapport à cette situation-là, déjà, c’est de comprendre qu’il peut y avoir ces deux dimensions. C’est-à-dire que je peux en même temps ressentir ET la colère ou la tristesse de mon enfant ET être touché par ça.

Et si en plus, c’est extrêmement pénible et insupportable, souvent, on le remarque très vite parce que ça nous fait partir très haut dans les tours et qu’on a des réactions où on se dit “mais pourquoi j’ai réagi comme ça ?”après coup alors que ça fait des années que je fais de la parentalité bienveillante et que je sais qu’il ne faut absolument pas faire ça, avec la phrase typique “c’était plus fort que moi”.

Et quand on a ce truc de “c’est plus fort que moi”, c’est que souvent, ça vient toucher une blessure, quelque chose de très profond, de très incrusté en soi. Et si c’est en lien avec une émotion, en particulier toutes les choses qu’on a encapsulées, qui sont restées non résolues en nous et qui sont vraiment remplies d’une charge émotionnelle très forte qui aussi se traduit par des ressentis corporels très intenses et donc du coup, c’est une décharge de sur-stimulation immense.

Notre enfant intérieur fait un caca nerveux en fait !

Donc moi, la première chose que j’aurais envie de dire aux parents qui vivent ça, c’est vraiment que je les comprends et que c’est normal de ne plus en pouvoir et de perdre tous ses moyens. Parce que c’est tellement énorme ce qui se passe.

C’est l’histoire de mon enfant dans l’instant et c’est toute mon histoire qui se joue avec toutes les interdictions que j’ai eues et qui aujourd’hui sont douloureuses parce que moi j’ai mon enfant en face qui crie et qui hurle à la mort, j’essaye de lui autoriser parce que je veux lui permettre de vivre ses émotions et en même temps moi, je ne peux pas m’autoriser, je ne le me suis jamais autorisé. Là, notre enfant intérieur, il fait un caca nerveux quoi ! Il se dit pourquoi lui et pas moi !

PPQI : C’est ça en fait ! Notre enfant intérieur, il fait un caca nerveux. C’est vraiment ça !

CAROL : Et on le comprend en fait ! Il se dit mais pourquoi, c’est trop injuste ! Donc on peut en venir à en ressentir à son enfant parce qu’on se dit “mais mince quoi !”.

PPQI : Pourquoi il a le droit et pas moi ?

Une émotion ne dure que quelques instants

CAROL : C’est ça ! Pour moi, un aspect essentiel c’est de s’accorder plein d’amour et de compassion, en se disant que si je me sens dépassé par les événements et que je fais des choses qu’après je regrette,  il faut s’en vouloir le moins possible parce que déjà, c’est normal.

Et donc pour moi, ce qui est à dresser comme constat en premier c’est non pas “comment je fais avec l’émotion de mon enfant que je ressens en résonance” – parce l’émotion, c’est quelque chose qui dure peu de temps. Une émotion, c’est quelque chose qui dure quelques secondes, maximum quelques minutes. Après, ça a tendance à se transformer en autre chose qui est plutôt de l’ordre du sentiment. Ce peut être de la tristesse en mélancolie ou en déprime, la peur se transforme en angoisse… Mais l’émotion dure peu de temps.

Si on a assez d’espace en soi, on peut accepter de ressentir ET la colère de son enfant ET d’être témoin de la colère de son enfant. En soi ça, si on le sait, c’est pas trop compliqué. Mais ce qui est vachement compliqué, c’est de créer l’espace disponible pour ça. Et pour ça, il y a besoin dans un premier temps de s’accorder plein d’amour et de
compassion.

Parce que le petit enfant qui est en nous n’a pas pu se sentir entendu dans cette émotion qui émerge et donc c’est vraiment un principe de OK là, s’il y a crise existentielle, tapage de mur je sais pas, pour moi il y a vraiment une notion vitale de survie “bon je tiens le mieux que je peux”. Et puis à un moment, de s’écarter de son enfant si possible pour prendre soin de cette émotion super douloureuse et vive qui est en soi, lui prêter l’oreille, de lui prêter écoute et dire “OK, là, je ressens ça dans mon ventre, là j’ai la gorge qui se tend, là j’ai envie de taper quelqu’un…”

S’écouter comme on écoute son enfant

Et juste donner la permission de ressentir toutes ces choses-là et assez rapidement en général, quand on donne de l’écoute à soi tout comme quand on donne une vraie écoute à son enfant, le truc se calme, on retrouve de l’espace disponible et on peut revenir à son enfant.

PPQI : Mais parce que c’est vrai que, ça c’est un super point de réfléchir, de réussir à s’arrêter deux secondes et se dire voilà, qu’est-ce que je ressens physiquement et mentalement (mais je trouve que la partie physique aussi est intéressante) et le fait de réfléchir à ça, ça nous permet aussi de de se concentrer sur quelque chose – donc se concentrer sur son ressenti – se concentrer sur les effets physiques et du coup, je pense que de faire ça, le cerveau aussi ça lui permet de “passer un peu à autre chose” -et dis-moi si je me trompe – mais je pense que ça a un effet [souffle] qui permet un peu de se détendre, de retomber.

CAROL :  C’est ça ! Ca crée une respiration, un espace, juste d’accueillir ce qui est en particulier dans le corps – parce que si on écoute nos pensées souvent elles s’emballent – et elles vont avoir tendance à s’emballer encore plus vite – c’est juste “OK, c’est quoi qui se passe en moi, c’est quoi le ressenti ?” et par contre, ce que je conseille vraiment, c’est de ne pas le faire en présence de son enfant.

Parce que, pour peu qu’on soit vraiment empathique, tant que la source de notre chagrin – même si à la base, c’est pas notre enfant mais c’est notre souffrance d’enfant intérieur -mais temps que notre enfant est là, ça va être très compliqué à faire. Donc si on peut, pour moi le lieu magique et secret, l’arme ultime c’est les toilettes ! Si on peut s’enfermer dans les toilettes cinq minutes et se dire “Là OK, qu’est-ce qui se passe” et je regarde ce qui émerge. Et ça crée un espace.

Trop, c’est trop : accepter de se faire aider

Après, c’est vrai que quand on l’a à répétition, qu’on se sent débordé, qu’on en peut plus et que son enfant, on a envie de le scratcher contre le mur – et vraiment, je peux comprendre ça – parfois, ça veut dire qu’il faut qu’on aille chercher à des endroits très profonds et ça peut être parfois utile d’en parler, de se faire aider, de se faire accompagner parce qu’être parent bouleverse tellement de choses et nous ramène tellement à notre histoire passée que bon, si on n’arrive pas à prêter écoute à ce qui se passe et à créer vraiment suffisamment d’espace, ça peut être intéressant de demander de l’aide. Parce que c’est pas rien d’être parent sans rire  ! C’est très compliqué !

PPQI : C’est sûr et puis quand on est dans cet état d’esprit, on est on est très dur avec soi-même du coup et on n’a pas de recul en fait. Parce que c’est soi et puis parce qu’en effet, on a tendance à être un peu dur avec soi et je pense que de pouvoir réussir à prendre de la hauteur sur le sujet, ça peut être une bonne chose.

OK, est-ce que tu as autre chose que tu souhaiterais partager qui pourrait nous aider en tant que parents sensibles ? Par rapport par exemple à la tristesse. C’est vrai qu’on a beaucoup parlé de la colère parce que c’est ce qui est très fréquent quand on a des enfants en bas âge mais la tristesse aussi, c’est une émotion qui n’est pas évidente à gérer pour les parents.

Quand on a un enfant qui a un chagrin, on a tendance à vouloir le consoler et nous-mêmes après, ça nous hante pendant des heures voire des jours. Et je voulais savoir comment on peut faire – alors on ne peut pas parler de gestion – mais comment on peut faire pour mieux le vivre ?

Quel est mon rapport à la tristesse ?

CAROL : Si, on peut en parler. Voilà, j’ai précisé comment moi je voyais les choses mais on peut en parler. Pour moi, à partir du moment où, ce que mon enfant vit, l’émotion que mon enfant vit ou ce qu’il me raconte me cause du chagrin, ça veut dire que ça dit quelque chose à propos de moi. Et donc, si pour moi c’est compliqué de voir mon enfant triste, quel est mon rapport à la tristesse, à la perte, à la douleur ?

PPQI : C’est encore cette résonance en fait.

CAROL : Toujours ! En fait, c’est vraiment pas compliqué et en même temps, c’est très dur à accepter, de se poser ce miroir à chaque fois mais si ça me fait mal que mon enfant soit triste au point où j’en suis triste, ça me ronge et je me sens coupable et je voudrais absolument l’aider, qu’est ce qui se passe en fait ? Quelle est ma croyance à propos de ce que devrait être la vie ? Quelle est ma responsabilité en tant que parent ? Est-ce que j’estime que je devrais rendre heureux mon enfant tout le temps ? Est-ce que pour être une bonne maman ou un bon papa, je me dis qu’il faudrait que mon enfant soit tout le temps bien ?

Et parfois, on a ces espèces de croyance qu’il faudrait être un parent parfait. Un parent parfait implique d’éviter la souffrance à son enfant, d’éviter la colère. Alors que les émotions, y compris celles qui sont violentes et fortes, sont un signal de bonne santé.

PPQI : C’est la vie en fait !

CAROL : C’est ça ! C’est la vie qui nous parcourt. Et ce qui est plutôt inquiétant, et je suis bien placée pour le savoir, c’est quand on n’arrive pas à se mettre en colère, que la tristesse, je n’en ressens pas, que je ne suis jamais triste. Alors là, ça dit quelque chose à propos de moi. Ca dit quelques chose d’un endroit qui a été verrouillé et qui va venir parler ,que peut-être j’ai aussi du mal à m’autoriser la joie et d’autres émotions aussi plus gaies parce que, quand je verrouille à un endroit, forcément les autres endroits, tous les verrous se réajustes de manière simultanée.

Se donner de l’amour et de la compassion

Donc si une émotion de mon enfant me perturbe fort, me touche fort, de plein fouet déjà : plein d’amour, plein de compassion. Là, il y a un truc qui se passe et c’est juste un cadeau pour m’avertir. C’est comme si avec sa petite main potelée – ou pas d’ailleurs – il me signalait “regarde maman, là t’as une sacrée blessure, est-ce que tu veux bien regarder ?”.

Et bien souvent quand on va regarder ses blessures là, si on a un enfant qu’on va estimer “difficile” ou qui est surréactif, il s’avère de manière assez fréquente que cette surréaction diminue en fonction de la quantité d’attention qu’on accorde à sa propre blessure. Parce que bien souvent, vos enfants sont là pour nous signaler “Eh oh maman, moi je te veux au plus haut de ta forme ! Papa, je veux vraiment que tu sois bien ! Il faut que tu t’occupes de cet endroit où il y a du sang qui tombe. Parce que c’est pas joli et moi je te veux bien!”. Et donc il va mettre le doigt dans la blessure, où ça fait mal. Mais bon, il nous dit juste “là, il y a une blessure, est-ce que tu veux bien t’en occuper ?”.

PPQI : C’est intéressant. Et puis aussi peut-être faire un travail sur soi pour intégrer le fait que notre enfant est une personne à part entière. C’est vrai, comme tu disais tout à l’heure, quand on est parent, notre enfant c’est tout et quelquefois, on a tendance à peut-être penser qu’ on ne forme qu’un alors qu’en fait, on a chacun notre personnalité, chacun notre façon de voir les choses et que nous, on va réagir de telle ou telle façon face à une situation alors que notre enfant, qui est une personne à part entière, va avoir une autre réaction.

Mon enfant a sa propre histoire

CAROL : C’est ça, exactement. C’est très très précieux que tu dis. Et aussi parce que mon enfant, il a son histoire et son chemin de vie. Et c’est pas parce que, pour moi, l’école ça a été difficile que pour mon enfant, il faut que ça le soit aussi. C’est pas parce que moi, j’ai mal vécu le fait d’être triste, que mon enfant doit être mal parce qu’il est triste. Il va être mal s’il voit que je suis mal parce qu’il est triste. Mais sinon, pour un enfant, pleurer, passer du rire aux larmes, même si ça peut nous paraître déconcertant, ça fait partie de la naturalité en fait.

Il aura son tempérament et puis s’il est plus colérique il est plus colérique… Mais bon, c’est facile à dire effectivement parce que tout ça, vient nous toucher forcément dans nos retranchements et en plus, la vie est tellement bien faite, que ça va venir pile nous toucher à l’endroit fragile. C’est juste magique !

Conclusion

PPQI : En tout cas c’est super Carol, tout ce que tu as pu nous donner en quelques minutes, ces informations, c’est précieux et franchement, j’espère que ça va aider les parents à commencer à cheminer et à réfléchir un petit peu pour mieux vivre et mieux se sentir au quotidien leurs propres émotions.

Et je m’adresse là à tous les parents plus qu’imparfaits, si vous avez envie d’avoir plus d’informations, je vous invite vraiment aller sur le blog  de Carol. C’est Le-retour-a-soi.fr. Ca s’appelle, les SupeSensibles. Vous y trouverez plein de vidéos qui vraiment, apportent beaucoup et qui font du bien au moral. Donc je vous invite vraiment à y aller !
Carol, merci pour ce temps précieux que tu nous a accordé.

CAROL : Merci, merci à toi Emma et merci à vous tous d’écouter, d’exister et d’être parents, parce que c’est pas simple.

PPQI : Et puis surtout, n’hésitez pas, si vous avez envie de contacter Carol, donc soit vous passez directement par son blog ou sinon, vous m’envoyez un petit message ou un commentaire juste au dessous de l’article, du podcast et puis je passerai le message à Carol.

CAROL : Merveilleux.

PPQI : Encore merci Carol et puis je te dis, à très bientôt !

CAROL : Avec joie ! Merci beaucoup Emma, à bientôt !

Photo : Godisable Jacob
Musique : Steven Breuil

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