Besoins versus désirs : comment s’y retrouver ?

Mon défi : semaine 20 sur 21

Cette semaine, j’ai décidé de me pencher sur un sujet très important en parentalité positive : les besoins de nos enfants. Quels sont les différents besoins de nos enfants ? Faut-il les combler ? Si oui, de quelle façon ? Et surtout, comment savoir s’il s’agit d’un besoin ou d’un désir ? Comment faire face à un désir ? Je t’explique tout cela dans cet article.

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Faut-il répondre aux besoins de notre enfant ?

Je ne vais pas y aller par 4 chemins. Les experts en parentalité positive et mes cours en psychologie de l’enfant sont unanimes : OUI, il est essentiel de répondre aux besoins des enfants. Aux besoins primaires bien sûr, mais pas uniquement.

La grande psychothérapeute française Isabelle Filliozat nous explique que si un des besoins de notre enfant n’est pas satisfait, cela le met automatiquement sous stress. Alors quand on sent que notre enfant est sous tension, on regarde quel besoin pourrait se cacher derrière son comportement indésirable. Car oui, ce comportement est le reflet d’un stress. Donc pour stopper un comportement inapproprié, on identifie la source du stress et donc, le ou les besoins de notre enfant à satisfaire.

Quels sont les différents besoins ?

Pour combler un besoin, il est nécessaire de l’identifier. Et pour pouvoir l’identifier et le reconnaître, il faut connaître les différents besoins. Logique me diras-tu… Je te résume dans cet article les différents besoins énumérés par Isabelle Filliozat, dans sa vidéo “Les besoins des enfants”.

Les besoins physiologiques

Le sommeil

Si ton enfant est fatigué, son cerveau va très vite saturer et les tensions vont s’accumuler. Il est d’ailleurs très fréquent de voir des petits faire des crises en fin de journée. Donc si ton enfant est ronchonchon, il est possible qu’il ait tout simplement besoin de sommeil.

J’observe mon enfant : Est-il fatigué ? Est-ce qu’il se frotte le nez ? A-t-il les yeux brillants ? Est-ce qu’il tombe ou se cogne ?

La maladie

Il arrive que notre enfant soit grincheux sans aucune raison apparente. On a beau avoir observé, relu cet article qu’on a pris soin d’enregistrer dans nos favoris bien entendu, on ne voit pas. Isabelle Filliozat nous explique qu’il est possible que notre enfant couve une maladie qui se déclarera quelques jours ou quelques heures plus tard.

J’observe mon enfant : Ai-je fait le tour des différents besoins ? Est-ce que je note quelques symptômes de maladie ?

Les besoins physiques

Notre enfant a besoin de bouger, de mobiliser ses muscles. C’est un besoin essentiel pour lui car cela aide le cerveau à intégrer les différentes sensations et à travailler la proprioception. La proprioception, c’est la conscience de notre corps, les sensations qui nous permettent de sentir qui nous sommes. Cela nous permet de ne pas nous cogner et d’éviter d’être maladroit.

C’est le travail d’un enfant de bouger. Il a besoin de pouvoir explorer par lui-même. Si l’enfant est contraint à ne pas bouger, le cerveau va se mettre sous stress. Donc hormis la voiture, on laisse l’enfant au maximum être libre et bouger afin de répondre à un besoin physique.

J’observe mon enfant : est-ce qu’il a suffisamment couru, bougé ?

Les besoins émotionnels

Notre enfant a besoin d’exprimer ce qu’il est à l’intérieur de lui. Il a besoin d’être écouté à l’intérieur de lui. Pour te guider, je t’invite à lire cet article L’apprentissage et l’accueil des émotions.

Isabelle Filliozat nous conseille de toujours encourager l’expression des émotions. Elle ajoute cependant que dans 98% du temps, ce ne sont pas des émotions que notre enfant ressent mais des réactions émotionnelles parasites.
Notre enfant ressent un tas de choses et il ne sait pas comment faire pour les exprimer. Lorsqu’on lui dit “on dirait que tu as de la colère” et qu’il ne s’arrête pas, c’est que ce n’est pas de la colère qu’il ressent. Ce n’est pas une émotion mais une surcharge de stress due à un trop-plein de stimulations ou de choses qui se sont passées. Lorsque nous sommes sous pression, nous perdons nos moyens. Et c’est pour cette raison que notre enfant va “attaquer” en nous agressant.

Ces explications ont fait tilt chez moi. J’ai toujours lu qu’il fallait accueillir la colère de notre enfant et pourtant, je voyais bien que lorsque Poussinou faisait des crises, il n’était pas forcément en colère contre quelque chose ni même fatigué.

Notre rôle va alors être de l’aider à exprimer, non pas une émotion, mais un excès de tension.

Si la crise n’est pas trop forte ou si elle est en train de diminuer
  • On va l’inviter à se relaxer. L’idéal pour ça, c’est de lui enseigner (à un autre moment que pendant une crise) des exercices de respiration, de méditation et de yoga et de lui faire penser à les pratiquer lorsqu’un excès de stress se fait sentir.
  • On va lui proposer un gros câlin. En prenant notre enfant dans nos bras pendant idéalement 20 secondes, son cerveau (et le tien par la même occasion !) va sécréter de l’ocytocine, l’hormone de l’attachement et de l’amour, un véritable antidépresseur naturel.

Si la crise est forte…

…On va accompagner notre enfant afin qu’il puisse se défouler. On commence par le libérer en lui proposant de bouger, de sauter, de taper des pieds, de crier en lançant les bras… Encore une fois, nous ne sommes pas en train de parler de colère mais bien de surcharge de stress.

J’observe mon enfant : ressent-il une vive émotion comme de la tristesse ou de la colère ? Ou est-ce plutôt un excès de tension ?

Le besoin d’attachement

On en a parlé juste avant, nous avons tous un besoin essentiel, fondamental, celui de l’amour et de l’attachement. Isabelle Filliozat nous martèle dans ses livres et vidéos que l’amour n’est pas une récompense, c’est un carburant. Lorsque je vois le cerveau de mon enfant sous stress, je lui donne donc de l’amour.

J’observe mon enfant : à quel moment puis-je lui tendre les bras pour un câlin ? A toi de voir : certains enfants ont besoin d’être contenus par un câlin pendant une crise, d’autres refusent d’être touchés dans ces moments-là. Si c’est le cas de ton enfant, il faut alors faire preuve de patience, l’observer et trouver le moment opportun pour lui donner cet attachement par un mot, un geste, un regard.

besoins vs desirs

Les besoins intellectuels

Un enfant a besoin d’apprendre, d’activer son cerveau, de se nourrir d’un point de vue intellectuel.

Là où il faut être attentif, c’est que même si notre enfant a des besoins intellectuels, ces besoins ne sont pas constants. Il n’a pas besoin d’être en permanence stimulé. Il faut aussi savoir faire place à la rêverie et éviter de devancer un besoin non exprimé ou de supposer que notre enfant veut satisfaire un besoin intellectuel. Par exemple, si un enfant montre une lettre sur une bouteille et qu’il demande ce que c’est, cela ne veut pas forcément dire qu’il veut apprendre à lire mais simplement qu’il veut découvrir le monde qui l’entoure et/ou interagir avec toi.

J’observe mon enfant : il vient de faire une bêtise ? C’est peut-être parce qu’il s’ennuie. Est-ce qu’il cherchait à attirer notre attention ? Dans ce cas, on va essayer de combler son besoin d’attachement. Ou cherchait-il à se défouler ? Ou bien simplement à explorer ? Si c’est le cas, on va alors chercher à mobiliser son cerveau.

Les besoins spirituels

Entendons-nous bien, on n’est pas en train de parler de religion, mais plus de philosophie. Et oui, un enfant (mais en fait je devrais dire une personne) a besoin de donner un sens à sa vie. Isabelle Filliozat nous explique que pour un nourrisson, ce sera le contact avec ses parents, sentir qu’il a sa place. En grandissant, l’enfant a besoin de deux choses : l’attachement et la liberté qui lui donne le sentiment de qui il est “je suis et j’ai ma place sur cette terre”.

Jane Nelsen quant à elle exprime ce type de besoins en deux besoins fondamentaux : le besoin d’importance et le besoin d’appartenance.

Le besoin d’autonomie

Isabelle Filliozat nous explique que vers 18 mois / 2 ans, l’enfant commence à utiliser son cerveau frontal et à en prendre conscience. Il a alors envie de diriger et donc de choisir par lui-même. Il veut du contrôle, de la liberté. En fait, il a besoin de libre-arbitre, comme les adultes.

Dès lors que je choisis pour lui, le cerveau de mon enfant se met sous stress. Certains adultes vont avoir tendance à penser que l’enfant est capricieux, qu’il a un trouble, qu’il n’a pas compris qui commande ici. Mais ce que ces personnes oublient, c’est qu’un enfant, c’est un humain qui désire utiliser une compétence humaine, celle du libre-arbitre.

Ce n’est donc pas un caprice ou un trouble mais bel et bien un mécanisme physiologique.

Alors comment lui enseigner le libre-arbitre ?

On peut…

Lui proposer un choix

Je sais que certains parents qui pratiquent l’éducation bienveillante sont contre cette technique car ils estiment que ce ne sont pas de vrais choix (“tu veux mettre le pantalon rouge ou le bleu ?”) et qu’il s’agit simplement d’une technique visant à manipuler l’enfant. Pour ma part, je pense que proposer un choix à mon enfant est une bonne chose car cela permet de poser/maintenir un cadre, indispensable pour vivre en société tout en libérant son stress. Comme dit Isabelle F., les ordres que l’on donne à notre enfant engendrent le stress dans son cerveau car il ne peut pas contrôler les choses.

Utiliser des questions de curiosité

“Regarde dehors, il fait beau ou pas ? Quelle chaussures pouvons-nous mettre ?”. Tu peux lire cet article : Les questions de curiosité ou l’art de faire réfléchir son enfant.

Réaliser des routines

Les routines lui permettent de réaliser les choses sans qu’un adulte ait besoin de lui donner un ordre. Clique ici pour en savoir plus sur les routines.

Employer un seul mot

En parentalité positive, les gens pensent souvent qu’il faut parler, parler, parler…. Mais quelquefois, on parle trop ! Quand une phrase est trop longue, l’enfant ne bouge pas car il y a trop d’informations à traiter pour le cerveau.  Tu sais, c’est le fameux “ça rentre par une oreille et ça ressort par l’autre !”. Alors quand notre enfant connait les règles (il faut quand même les lui expliquer, il ne peut pas deviner tout seul !), on utilise un seul mot. Par exemple : lumière, cartable… On fait bien sûr attention au ton que l’on emploie. Isabelle Filliozat le souligne, c’est juste un rappel car l’enfant sait qu’il n’a pas à laisser son cartable dans le salon. Et souvenons-nous que notre enfant ne fait pas les choses pour nous embêter, il ne fait pas exprès de laisser la lumière allumée. Ce n’est qu’un enfant qui n’a pas pensé à appuyer sur l’interrupteur en quittant la pièce.

Est-ce un besoin ou un désir ?

Comme tu peux le voir, les besoins vont bien plus loin que les besoins physiologiques. C’est-à-dire que toutes les “envies” qui ne sont pas primaires ne sont pas forcément de l’ordre du désir. Vouloir un câlin, ce n’est pas un caprice. Vouloir bouger, ce n’est pas un trouble.

C’est pour cette raison que la frontière entre le désir et le besoin n’est pas toujours évidente à discerner. Alors comment interpréter le comportement ou les mots de notre enfant ?

Passer en revue les différents besoins

Lorsque tu n’es pas sûr d’avoir eu la  réaction adéquate, n’hésite pas à relire les besoins énumérés ci-dessus ou à regarder la vidéo d’Isabelle Filliozat. Cela t’aidera très certainement à savoir si ton enfant exprimait un besoin ou un désir.

Chercher à aider son enfant

La première question à te poser si tu as un doute est la suivante : est-ce que répondre à son attente va l’aider pour la suite ?

Si Poussinou est en mode fou-fou, qu’est-ce qui va être le plus aidant pour lui ? Tenter de contenir son énergie en le mettant au coin (ou en le contraignant à arrêter de bouger) ou l’encourager à bouger, sauter…?

S’il réclame un dessin-animé, qu’est-ce qui va être le plus aidant POUR LUI ? Le laisser regarder ou lui proposer une alternative comme une activité manuelle ? On est d’accord, le laisser regarder comporte des “avantages” – comme l’occuper pour être tranquille, éviter une crise (enfin, ça dispense pas de la crise quand tu coupes l’écran…) – mais ce n’est pas aidant pour lui à moyen terme (je te passe le détail des études et justificatifs sur le sujet car je ne suis pas là pour te/me culpabiliser. Mais si tu veux en savoir plus, tu trouveras ton bonheur en tapant “danger écran enfant” sur ton moteur de recherche préféré).

On ne s’en rend compte qu’après mais lorsque tu combles un besoin, ton enfant se sent systématiquement mieux. Ce n’est pas forcément le cas pour les désirs… Notre rôle de parents est de combler les besoins de nos enfants, qu’ils soient exprimés par des mots ou non. Mais quel est notre rôle face aux désirs ?

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Dédiaboliser les désirs

Généralement, on voit d’un mauvais œil les désirs des enfants… On a peur de se faire bouffer, on se dit qu’il s’agit d’un caprice, qu’il faut être ferme… Et puis, ça nous rappelle aussi inconsciemment certains épisodes de notre enfance.

Alors qu’avoir des désirs, c’est ce qui nous fait avancer ! C’est ce qui nous permet d’avoir des projets, de mettre en place un plan d’actions, de vouloir faire des choses qui nous rendent heureux. Les désirs sont aussi l’expression de notre singularité, contrairement aux besoins que nous avons tous en commun. Nos désirs nous rendent uniques !

Donc ce n’est pas “mal” d’avoir des désirs, même lorsqu’on est enfant. Alors si on laisse notre enfant avoir des désirs et les exprimer, cela veut-il dire que nous devons tous les satisfaire ? La réponse est non bien sûr.

Comment réagir face à l’expression d’un désir ?

Imaginons un instant… Ton enfant te dit qu’il aimerait avoir tel jouet. On est d’accord, ce n’est pas un besoin, c’est bien un désir. Ce jouet, tu ne souhaites pas le lui acheter.

Quelles réactions nous viennent spontanément à l’esprit ? La première, c’est d’être autoritaire et de lui répondre quelque chose du genre  “Non, ce n’est pas possible. Toujours en train de réclamer ! Ca suffit les caprices !”. Et de rajouter un petit “Non mais !”. La deuxième, c’est de finir par craquer et de lui offrir même si on ne voulait pas… Ca lui faisait tellement plaisir et puis il faut se l’avouer, on n’avait pas la force de gérer une crise.

Et si je te disais qu’il existe d’autres façons de dire non ? On peut dire non en disant…

  • Je comprends. Pour ce faire, tu peux utiliser l’écoute active et l’empathie. Ainsi, tu lui montres que tu respectes son désir.
  • Moi aussi ! Essaie de te connecter à lui et rappelle-toi lorsque tu étais enfant. Tu peux par exemple lui dire “Ah ouai, il faut dire qu’il a l’air trop bien ce jouet ! Si j’étais encore un enfant, je rêverais de l’avoir aussi !”
  • Imagine ce que tu ferais avec ce jouet ! Ca peut te paraître sadique de lui poser cette question mais en faisant ça, tu stimules son cerveau, tu fais travailler son imagination et tu lui montres que tu t’intéresses à lui. Cocktail gagnant pour éviter la crise et booster la connexion !
  • Oui ! Dis-lui que c’est une excellente idée et que vous pourriez mettre ce jouet sur sa liste de cadeaux de Noël / d’anniversaire. Tu peux même prévoir de toujours avoir un petit carnet sur toi pour y noter ensemble, la liste de ses envies.

Tu peux utiliser l’une de ces réponses, en exprimer 2, 3 ou même les 4 ! “Comme je te comprends… Moi aussi j’aimerais l’avoir… Imagine comment ce serait si tu l’avais. Et si on le mettait dans ton carnet d’envies ?”.

dire non

Un désir peut cacher un besoin…

Eh oui ! Reprenons les quatre réponses proposées juste avant. En particulier les 3 premières. Souvent, le fait de simplement l’écouter et valider son désir peut lui faire disparaître son envie. Pourquoi ? Parce tu auras comblé le besoin qui se cache derrière le désir. Un besoin d’attachement par exemple. Il est possible que ton enfant exprime le souhait d’avoir un jouet parce qu’il a besoin que tu t’intéresses à lui et que tu lui montres qu’il est important à tes yeux.

Il peut aussi avoir un désir profond qui lui permettrait de répondre à un besoin. Si ce désir ne peut pas être satisfait, c’est important de réfléchir au besoin caché afin d’essayer de trouver une solution ensemble. Imaginons que ton enfant rêve de faire de l’équitation. Ce n’est pas un besoin, c’est un désir. Le problème, c’est que pour le moment, tu ne peux pas lui offrir. Quel est le besoin caché derrière ce désir exprimé ? Ce peut être le fait de vouloir combler un besoin physique en réalisant une activité en plein-air, ou bien de combler un besoin plus spirituel comme se connecter à la nature, aux animaux… Lorsque tu as pu mettre le doigt sur le besoin de ton enfant, vous pouvez alors imaginer ensemble des alternatives car finalement, il y a d’autres options possibles.

Entre les différents besoins et la gestion des désirs, cela fait beaucoup de choses! S’il ne fallait retenir qu’un seul mot ? Observer. C’est la clé pour pouvoir identifier le ou les besoins à combler, pour comprendre ce qui se cache derrière un comportement inapproprié.

Et toi, arrives-tu facilement à identifier le ou les besoins de ton enfant ? N’hésite pas à me le dire en commentaire.

Photo : Fröken Fokus
Musique : Steven Breuil


Tu viens de lire l’article 20 sur 21 de mon défi. Le défi que je me suis lancé ? Tester 21 principes de la discipline et la parentalité positive en 21 semaines et partager avec toi chacune de mes expériences. > En savoir plus sur le défi.

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