Education bienveillante : se libérer du regard des autres

Je rentre tout juste de vacances et même si celles-ci nous ont fait un bien fou, je dois avouer que certaines situations ont été quelque peu éprouvantes. Comme gérer un comportement indésirable ou pire, affronter le regard des autres dans un moment pareil. Alors quand ton enfant ne fait pas dans la demi-mesure et que tu sais pertinemment que les gens autour de toi – que ce soit de parfaits inconnus au supermarché ou tes amis dans votre location de vacances – n’ont pas du tout la même vision de l’éducation, tu ne peux pas t’empêcher de ressentir un profond malaise.

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Cet article fait suite au carnaval d’articles organisé par Sarah de Multipassionnes-epanouis.com. Il s’agit d’un blog qui accompagne les personnes plurielles et multipassionnées à se construire une vie épanouie qui leur permet d’être TOUT ce qu’elles veulent être. Les blogueurs s’unissent et publient autour du thème “Comment gérer le regard des autres ?”. Tous les abonnés à Parent Plus Qu’Imparfait recevront la compilation de ces articles sous forme d’un e-book gratuit.

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La fameuse “crise au supermarché”

C’est dimanche, jour de marché…

Le soleil brille et cela fait plusieurs jours maintenant que nous sommes sur notre lieu de vacances. Nous délaissons progressivement le stress parisien pour laisser place à la détente. Je propose à Poussinou de venir avec moi faire quelques courses et il accepte bien volontiers. Je me gare à proximité du marché, nous sortons de la voiture et nous nous faufilons entre deux étals. Nous voici en plein cœur du marché. Nos sens sont surstimulés. Nous nous faisons bousculer par certains vacanciers. Les effluves de pain, de pin (nous sommes au milieu d’une pinède !) et de poulet rôti nous montent au nez. Quelques “Elles sont bonnes mes tomates !” ou encore “Seulement 5€ le kilo messieurs-dames” viennent s’ajouter au bruit ambiant. Nous faisons à peine 20 mètres quand nous tombons sur un stand de jouets en plastique parmi lesquels une collection imposante de pistolets, carabines et autres mitraillettes.

Ma vue se brouille, je sens une légère pression sur mon crâne…

Je sais à ce moment précis que je vais galérer… Car j’ai là un double problème. Déjà le fait que Poussinou est à mon goût bien trop gâté et il est hors de question pour moi que courses riment avec cadeaux. Un petit quelque chose de temps en temps, why not mais pas plus.

La deuxième chose, et je sais que tu sais où je veux en venir, c’est le choix du jouet. Je ne suis pas fan des jouets de ce genre et encore moins des armes à feu qui ressemblent aux vraies. Mais je me pose toujours beaucoup de questions à ce sujet… Est-ce que tous les enfants qui ont un pistolet comme jouet deviennent violents ? Ou plutôt, tous les délinquants et criminels ont-ils eu un pistolet en jouet dans leur enfance ? Est-ce que l’interdit suscite l’envie ? Bref, je m’éloigne du sujet initial mais tu l’as compris, le choix du jouet ne me plait pas.

Nous sommes donc devant ce stand.

Voici nos échanges :

Poussinou : Maman, je veux un pistolet !
Moi : C’est vrai qu’ils sont chouettes ! Viens avec moi, on va réfléchir à quoi on jouerait si on en avait un.
P : Non, je veux un pistolet maintenant !
M : Tu te souviens ce que papa t’a acheté hier ? 4 petits pistolets à eau pour jouer avec les autres enfants dans la piscine. C’est génial, en plus ils sont de toutes les couleurs !
P : Oui mais moi je veux celui-là !
M (je m’enfonce petit à petit) : Viens, on va faire les courses pendant qu’on en discute.
P : Et tu vas me l’acheter après ?

M (je suis en mauvaise posture) : Poussinou, on ne peut pas t’acheter des jouets à chaque fois qu’on fait les courses pour manger. Ca coûte beaucoup d’argent et on n’a pas la place. Et puis tu sais que je n’aime pas ces jouets… (comme si ces arguments aller raisonner un enfant de 3 ans…)
P (Poussinou s’allonge sur le sol – la foule manque de lui marcher dessus – et commence à pleurer) : Mais moi je le veux !

Bref, je te passe la suite du dialogue qui devient en fait un monologue sur fond de “diversion – acceptation des émotions – craquage de nerfs”. Poussinou se met à crier, à pleurer, à se rouler par terre. Certains badauds ont l’air un brin amusés, d’autres plutôt consternés. Et je me fais instantanément des films dans ma tête sur ce qu’ils pensent de moi. Le regard des autres m’oppresse.

Je suis dans l’impasse

J’essaie de relever Poussinou, de lui expliquer que j’ai besoin de son aide pour choisir un poulet, que quand on rentrera on ira à la piscine… Je lui demande ce qu’il aimerait faire cet après-midi pour essayer d’occuper son cerveau à autre chose. Il me répond “Je veux le pistolet !”. Et moi je continue “: “Ca te dirait d’aller faire du quad ?”. Et lui en hurlant et en pleurant “Je veux le pistolet !”.

Autant te dire que la fin de mon histoire n’est pas glorieuse. J’ai dû puiser au plus profond de moi pour réussir à le porter (il se débattait énormément), le sortir du marché, essayer de le calmer avec douceur et bienveillance. Rien n’y faisait. Et là encore, il m’a fallu beaucoup d’énergie mentale et physique pour qu’il aille dans son siège auto. Même la police est passée à vélo pour voir ce qu’il se passait ! Je ne faisais pas la maligne #enlevementdenfant.

Nous sommes rentrés complètement vides, mes sacs de courses, Poussinou et moi. Sans compter la violence que l’immaturité de son cerveau lui (nous) a fait subir. La crise avait laissé des traces, j’avais des courbatures aux bras le lendemain…

Quelques heures après, j’étais toujours frustrée et démoralisée de ne pas avoir fait mes emplettes (on n’avait rien à manger pour le midi) et de ne pas avoir réussi à désamorcer la crise. Aussi, je me sentais mal car j’avais la désagréable impression que mon enfant était le seul du marché à piquer une crise. Il fallait se rendre à l’évidence, j’étais honteuse de ce qu’il s’était passé face à ces inconnus.

Les proches et les divergences éducatives

L’anecdote que je viens de te raconter, tu l’as peut-être déjà vécue. Ce n’est franchement pas une situation confortable mais le regard des autres, on l’oublie assez vite puisque ces gens qui assistent à ce genre de scène, on ne les reverra jamais.

Mais quand ce type de crise – ou même simplement le fait que ton enfant ne respecte pas les codes des adultes – survient avec des proches, on peut dire que notre niveau de tension est à son maximum. Surtout quand nos choix en termes d’éducation diffèrent totalement de ceux de tes proches. J’entends beaucoup de parents adeptes de la parentalité positive ou du maternage proximal souffrir de cette situation. Leurs proches jugent leurs méthodes et ne manquent pas de leur dire ce qu’ils pensent : “Il va souffrir avec les copains s’il est trop émotif”, “Il te mène par le bout du nez”, “tu vas quand même pas le porter / l’allaiter jusqu’à 10 ans”, “il va falloir qu’il obéisse sinon, il va être puni à l’école”…

Certains assument complètement. A ces parents je vous dis, bravo ! D’autres vont se sentir déstabilisés et fragilisés, comme si le comportement inapproprié de leur enfant justifiait une quelconque incompétence de leur part. Le risque dans ces moment-là, c’est de perdre ses moyens et de tenter de “garder la face” en se conformant aux attentes des autres (en étant plus dur par exemple). Evidemment, la culpabilité refait surface après coup.

Et c’est encore plus difficile à vivre pour les parents solos et/ou les très jeunes mamans.

La stratégie des proches

Il se peut que les proches ne supportant pas cette situation adoptent l’une de ces trois stratégies :

  • “Mater l’enfant” : ils vont reprendre l’enfant, en l’humiliant ou en lui mettant une tape, estimant qu’il a besoin d’être recadré.
  • Faire la morale : certains ne vont pas hésiter à donner des conseils dont on se passerait bien (“Laisse pleurer ton bébé, tu verras que ça le fatiguera et qu’il finira pas s’endormir”) et à te pourrir de réflexions insupportables comme celles plus haut.
  • Utiliser le langage non-verbal : les yeux exagérément écarquillés voulant dire “j’hallucine”, les gros yeux signifiant “nan mais t’attends quoi bordel ?!”, les soupirs genre “Mais qu’il est relou ton gosse !”, le pincement de lèvres en mode “je dis rien mais je n’en pense pas moins”.

 

Dans tous les cas, la situation est très difficile à vivre et on peut vite perdre ses moyens, que ce soit avec ses proches, avec son enfant, avec son conjoint, avec soi-même… Un peu comme quand le prof t’envoyait au tableau, que tu connaissais ta leçon mais que tu n’arrivais pas à la ressortir. Tu vois le genre ? Bref, il faut une sacrée confiance en soi pour ne pas se sentir affecté et assumer !

Pourquoi c’est si dur de faire face aux regards des autres ?

Les deux exemples que j’ai évoqués plus haut sont très différents et pourtant, ils ont un point commun. Le point commun, c’est toi et les bagages que tu traînes dans ton cœur et dans ta tête.

Si l’une des deux situations a résonné en toi, c’est peut-être parce que tu es de nature discrète. Ou bien parce que tu n’as pas été armé pour faire face aux critiques. Probablement parce que lorsque tu étais enfant, tu as pu essuyer des critiques ou des humiliations de la part des adultes qui t’entouraient (que les enfants d’ailleurs reproduisaient). Et ces adultes, eux, n’ont pas été outillé pour t’accompagner vers le chemin de la confiance en soi et de l’estime de soi. Parce que malheureusement, notre société a toujours pensé qu’un enfant faisait mieux quand il se sentait mal…

Ce mode de pensée peut avoir un effet à très court terme (un contrôle de maths par exemple) mais si cette approche éducative est répétée sur la durée, l’enfant (on parle de toi là, tu me suis ?) va être “dans le brouillard”. Il va peu à peu perdre ses facultés d’intuition, de ressentis physique et émotionnel, de réflexion, de raisonnement. Il risque également de produire du mauvais stress lors d’occasions particulières (spectacle, prise de parole) et de mal vivre la compétition (sport, jeux…).

Et c’est comme ça que tu te retrouves au resto, le menu entre les mains à ne jamais savoir quoi choisir !

Lire aussi : Le jour où j’ai réalisé que j’ignorais mes sentiments

Une approche éducative basée sur la peur

L’enfant (donc je me répète, je parle de toi) ne se fait alors plus du tout confiance. Chaque fois qu’il y a une prise de décision ou un passage à l’action, il va être submergé par la peur. Peur de faire le mauvais choix, peur de se tromper, peur de l’échec, peur d’être jugé, peur de décevoir, peur de se faire disputer, peur d’être privé de quelque chose, peur d’être rejeté…

Face à cette peur, les êtres vivants ont trois types de réactions : la paralysie, la fuite ou l’attaque. Clairement, lors de ma virée cauchemardesque au marché, j’ai opté pour la fuite ! Mais d’autres vont adopter l’une des deux autres réactions.

Comment affronter le regard des autres

Comment affronter le regard des autres

Tu l’as compris, bien vivre le regard des autres, ce n’est pas quelque chose de simple et cela demande un sacré travail sur soi. Mais se détacher du regard des autres, c’est se libérer d’un ressenti développé durant l’enfance, c’est se délester d’un poids qui a blessé durant des années l’estime et la confiance en soi. Voici quelques pistes à explorer pour t’aider à te sentir libre.

1/ S’occuper de son âme et de son corps

Dormir suffisamment, manger de façon équilibrée, faire du sport, pratiquer un loisir, être au contact de la nature, passer du temps avec des gens qui nous aiment tel que l’on est… En prenant soin de notre corps et notre esprit, on part alors sur de bonnes bases pour être en pleine possession de nos facultés intellectuelles, physiques et sensorielles. On gagne en lucidité et cela nous permet de prendre du recul par rapport au regard des autres et sur les choses de la vie : qu’est-ce qui est vraiment important pour moi ? Quelles sont mes valeurs ?

Comme je dis souvent, pour être bienveillant envers les autres – nos enfants par exemple – il faut être bienveillant envers soi-même.

Julien Peron, fondateur du Festival pour l’Ecole de la Vie, nous parle de cela dans l’interview que j’ai réalisée. Tu peux l’écouter ici.

2/ Accepter qu’on puisse être regardé

Pas évident je sais, mais dis-toi que quoi que tu fasses, il y aura toujours quelqu’un pour te juger. Eleanor Roosevelt disait “Fais ce que tu penses être bien. On te critiquera de toute façon.”

Et d’ailleurs, ne t’arrive-t-il pas toi-même de porter un jugement sur une personne ou même simplement sur une situation ou un comportement ? L’être humain est fait ainsi, et ça, rien ni personne ne pourra le changer. Alors commençons dès maintenant par faire ce travail d’acceptation.

A écouter également : Faire face aux émotions quand on est un parent hypersensible

3/ Garder en tête qu’on n’est pas le centre du monde

Désolée d’être cash mais la plupart des gens ne s’intéressent pas à toi ou à ton enfant : ils sont bien trop occupés à s’intéresser à eux-mêmes et à ce que les autres pourraient penser d’eux. Et dis-toi que parmi la minorité des personnes qui portent un regard sur toi, une partie d’entre elles est bienveillante et fait preuve de compassion, d’empathie… Et pour ceux qui porteraient un regard dépourvu de bienveillance, dis-toi bien une chose : ce n’est pas toi qu’il juge en vous observant, c’est eux-mêmes

4/ Affirmer ses valeurs et ses idées

Les gens pensent souvent que parce qu’ils ont plus d’expérience que toi dans leur vie de parents, ils savent mieux que toi. Mais ils ne sont pas toi ! Et ton enfant n’est pas leur enfant. Tu trouveras toujours des gens qui essaieront de te faire changer de direction alors qu’au fond de toi, tu y tiens à ton cap ! Pour t’aider, prends le temps de structurer tes pensées en posant à l’écrit tes valeurs et tes convictions : ce que tu as envie de transmettre à ton enfant, ce que tu n’as pas envie de lui transmettre, ce qui te tient à cœur, les raisons qui font que tu penses çi ou ça à propos de l’éducation traditionnelle, positive… En plus de structurer tes pensées et de t’aider à t’accepter et à te comprendre, ce carnet de routes te sera précieux dans les moments de doutes.

Affirmer ses valeurs, c’est aussi accepter que les autres puissent avoir un autre point de vue sans remettre totalement en cause les nôtres. Les discussions constructives peuvent amener des remises en question bien sûr mais si une personne veut à tout prix te faire changer d’avis, n’oublie pas qu’elle a le droit de penser autrement et que tes valeurs à toi, tu les connais : elles sont bien au chaud dans ton carnet de routes.

Enfin… dis-toi bien qu’il est impossible de plaire à tout le monde. Par contre, tu peux te plaire à toi-même en incarnant et en vivant les valeurs qui te sont chères.

Et toi, redoutes-tu le regard des autres ? Est-ce qu’il t’est déjà arrivé de te retrouver dans une situation similaire ? N’hésite pas à me le dire en commentaire juste au-dessous.

Image : Shane Hauser
Musique : Steven Breuil

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